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Mots depuis le noctilien.

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Mots depuis le noctilien.

[Publié initialement sur la page facebook du blog @trottecocotte]

-Le lundi matin, c’est souvent dur d’y aller, de recommencer la course de la semaine. En ce lundi matin, j’avais envie de vous partager un texte que j’ai écrit hier, dans un noctilien parisien, à une heure avancée de la nuit. Comme une envie de décrire une réalité choquante qui m’a frappée aux yeux encore plus que les autres fois.

Parce que nos lundis matins sont plein de promesses, plus que les dimanches de nuit dans un noctilien …-

Il est 3h51 ce dimanche 7 avril au matin. Je suis partie il y a presque 3/4 d’heure de chez mes amis et j’aurais pu prendre un « Kapten » (le nouveau nom de l’application Chauffeur Privé ») mais je ne l’ai pas fait.

Je ne suis pas souvent à Paris ces derniers temps et pourtant j’aime cette ville malgré tous ses défauts. Je l’aime aussi de nuit. Elle est si belle avec ses monuments bien éclairés, ses passants qui chantent en sortie de soirée et ses rues presque désertes où c’est un bonheur de circuler. J’ai hâte qu’il fasse meilleur pour que je prenne un vélib sans craindre de réanimer mon rhume à chaque virée.

Mais si j’aime cette ville elle me fait aussi souffrir car elle me montre un visage lourd et anormal.

Alors je sors mon téléphone, ouvre une note et j’écris ces lignes.

Chaussures bleues, pantalon de velours marron, parka violette et charriot bleu ciel avec une poche ouverte d’où je vois dépasser une banane, voilà une dame âgée.
Les mains accrochées à l’accoudoir, elle se retient de basculer à chaque virage pris brusquement par le chauffeur. À moitié endormie, elle semble habituée à la conduite sportive de ces derniers la nuit.

Un monsieur derrière elle a pris une place et a empilé 2 sacs de courses remplis d’affaires personnelles ainsi qu’un sac à dos qui lui sert d’oreiller. Sa capuche baissée, il tente de dormir. Il lève pourtant le nez vers moi même s’il a l’air ailleurs; comme pour vérifier qu’il est en sécurité.

A côté de moi assis sur une place double, un homme imposant à la parka kaki sale circule avec un sac de voyage et une petite valise. Il se retourne un peu perdu pour me demander si nous arrivons bientôt à Montparnasse.
Je lui dis que ce n’est pas encore là et que s’il veut je le préviendrai car je descends aussi à cet arrêt.
Il accepte !

Partout dans le bus des gens dorment tête contre la vitre ou les dossiers du bus. J’en compte 8, la moitié du bus environ.

Je ne déteste pas prendre ces bus sales et qui sentent mauvais car j’y vois une partie de la France que l’on oublie préférant parler de « ceux qui comptent » alors qu’ils sont pourtant assez grands et ont assez d’influence pour se faire remarquer seuls.
Comme un shot de réalité qui me rappelle que si tout n’est pas facile pour moi (vie d’entrepreneur artisan en devenir), je n’ai vraiment pas à me plaindre.

Ce qui me fait le plus mal ce soir c’est cette vieille dame qui doit bien avoir 75 ans, qui a le corps et les chaussures typiques d’une personne âgée et qui ne semble pas trop négligée. Je repère quelque racines, elle a dû se faire une couleur 1 ou 2 mois auparavant.
Sa peau a l’air toute douce mais ses traits sont tirés.

Que s’est-il passé pour qu’elle soit là, dormant dans un noctilien à la course folle dans Paris ?
Je ne sais pas qu elle a été sa vie mais sa vie a l’air banale. Une petite mamie qui pourrait tout à fait être la mienne.

Quand on arrive vers Montparnasse elle prend sa béquille violette en main et se redresse. Je vois son visage en entier. Elle referme sa parka et tapote la capuche du monsieur derrière elle. Lui demande si elle peut aller « à un point d’eau » à l’arrêt. Presque arrivés elle lui dit « j’irai plus tard il y en a un prêt à partir ».

Montparnasse est le terminus du bus, le chauffeur se lève et crie dans tout le bus comme une routine incessante : « Terminus, messieurs dames on se réveille et on descend. ».

Ils se lèvent et commencent à transvaser leurs bagages difficilement, avant de monter dans le même bus qui va partir en sens inverse.

Ce soir j’ai pris ce bus au Rond Point des Champs Elysées, après en avoir pris un autre du côté de l’Etoile. J’en ai vu passer des voitures qui coûtent des milliers d’euros, et j’ai aussi vu ceux qui n’ont rien.
Je n’apprends pas qu’il y a de la misère aujourd’hui, ma ligne de métro est l’une des plus fréquentées par ceux qui font la manche. Mais je n’avais encore jamais vu un bus aussi rempli de personnes dans le besoin et surtout âgées. Elles étaient plus nombreuses que les passagers comme moi. Et là, ça devient très compliqué …

À part leur adresser un beau sourire et un dialogue s’ils le souhaitent, je ne peux rien faire toute seule. Je ne suis moi-même pas si stable que cela car j’ai choisi d’entreprendre, mais j’ai la vie devant moi et tout le loisir d’évoluer !
Je ne peux pas leur offrir de l’argent ou du matériel car je n’ai pas grand chose.
Mais ce que je vois à mon niveau de jeune femme c’est l’hypocrisie de ce monde et de cette ville de Paris qui par beaucoup d’aspects met en exergue l’argent, la richesse et le confort matériel.
Je ne sais pas vous mais je trouve cela de plus en plus insupportable de supporter l’ambivalence.

Je ressens cela comme une violence. Cette violence qui devient ordinaire m’a fait mal et je me dis qu’il y a tant de choses qui sont loupées. De la richesse, de l’argent, il y en a. Mais le système est rayé, car de plus en plus souvent je vois des personnes âgées notamment dormir dans les bus.

Pas malades, juste pauvres et seules.

Marketing : toujours plus fort, toujours plus tôt !

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Marketing : toujours plus fort, toujours plus tôt !

Dans un contexte de changement climatique (Vous avez vu ? Par une simple pirouette, j’ai évité le mot « réchauffement » qui déchaîne les passions entre ceux qui en sont persuadés et les sceptiques), chacun scrute les saisons.

Le froid que nous vivons ces jours-ci m’a inspiré un petit billet d’humeur à la frontière entre température et marketing.

Enfin un vrai hiver

Sans vouloir jouer les météorologues car je n’en ai ni les connaissances ni la passion, il suffit de regarder un peu autour de soi pour constater que cet hiver, nous vivons un « vrai hiver ». De la neige en montagne et en plaine, beaucoup de neige même, du froid, de la pluie.

La vague de froid venue de Russie depuis hier nous rappelle que nous ne sommes qu’en février, que le printemps n’arrive que dans un mois et que nous allons porter nos manteaux pendant un petit bout de temps encore.

Après un hiver rigoureux et très peu ensoleillé pour la plupart d’entre-nous, le manque de soleil est bien présent. Nous ne rêvons qu’à une chose, sortir nos lunettes de soleil et aller en terrasse siroter un bon Perrier citron. Pour cela, il faudra attendre un peu. Et quand enfin nous passerons de belles soirées en terrasse, nous serons heureux car nous les aurons rêvés, ces beaux moments !

Petit intermède ensoleillé :

 

S’il est normal d’avoir encore froid en février, et plutôt agréable de vivre une vraie saison (non ?), c’est sans compter les marketeurs et les influenceurs qui nous rendent zinzins.

marketing : Toujours plus de « hors-saison »

Les soldes d’hiver à peine terminés, le froid encore bien présent après de récentes neiges un peu partout en France, ils ont commencé à sévir.

Sans attendre, dès le lendemain de la fin des soldes, j’avais déjà dans ma boîte mail des bons de réduction valables sur la prochaine collection de vêtements ! Mais je ne doute pas que Darty ou Boulanger en ont profité pour proposer une promo sur un appareil à citronnade !

Eh oh, ça vous dirait de nous lâcher le porte-monnaie ? De nous laisser respirer 5 minutes ? De nous laisser vivre notre saison sans nous forcer à penser à la prochaine à coups de photos de campagne verte et ensoleillée ou de plage au soleil couchant ?

Si je ne me trompe pas, il nous reste encore 1/3 de l’hiver ou presque à vivre ? Alors pourquoi sans cesse nous décaler ?

Nous aurons des coups de cœur sur vos collections, ne vous en faites pas ! Mais laissez-nous avant profiter des achats d’hiver que nous venons de réaliser, car pour l’instant nous avons froid. Très froid même !

En quoi est-ce utile pour un business de couper la saisonnalité comme cela ? Bien loin des écoles de commerce, j’ai peut-être loupé la raison ! Ce que je vois, c’est que cela me met en rogne, et bien loin d’avoir envie de m’acheter un short, j’ai plutôt envie de me racheter des pulls ! Vous aussi ?

Ah oui, c’est peut-être parce que le but des marketeurs et des influenceurs qui travaillent ensemble à ce que nos achats soient très très peu reliés à nos besoins. Et paf, un coup de cœur !
Je suis les influenceurs sur Instagram notamment et sur leurs blogs. Loin de moi l’idée de les dénigrer car ils sont utiles, mais j’ai du mal à comprendre que la transparence qu’ils conquièrent bute sur certains points. Un petit manque de cohérence, facilement rectifiable !

Oui, mais dans tous les cas, une fois qu’on a reçu la blouse de nos rêves avec nœud dans le dos (ultra simple à repasser !) et motif superbe, même si on la portera dans 3 mois, on n’en achètera pas forcément une nouvelle dans 3 mois ! Où est le gain ? Vous me suivez ?

A faire évoluer ?

Bref, toutes ces lignes pour dire que dans un contexte économique tendu, où les bourses ne sont plus si disposées à s’ouvrir qu’à une certaine époque, se faire harceler à longueur de journée pour faire chauffer sa CB, ça ne détend pas.

A la radio, dans les rues, sur les carrosseries des bus, dans les journaux, sur Facebook, sur la colonne de droite des sites que vous visitez, dans votre boite aux lettres, … Lâchez-nous et respectez les saisons !

Vous nous faites fuir dans le Larzac ou en haut de la montagne. Et inutile de vous dire qu’au quotidien là-bas, 3 pantalons, 3 shorts, quelques t-shirts et des bonnes chaussures suffisent. Vous aurez tout gagné !

En attendant, belles descentes aux chanceux qui sont au ski ! 

bannière-hiver-trottecocotte

 

Des codes rouges au prétoire, la vocation d’une robe noire !

Trajectoires

Des codes rouges au prétoire, la vocation d’une robe noire !

Alors que les courageux étudiants qui ont travaillé toute l’année -et d’autant plus cet été- commencent demain (le vendredi 1er septembre) les épreuves écrites de l’examen d’entrée à l’école des avocats (NDLR : le CRFPA), voici le fruit de ma rencontre avec une toute jeune diplômée.

Ensemble, nous avons pris le temps d’échanger sur sa vocation, son parcours,  son quotidien dans un métier aux multiples facettes. Avocate depuis le début de l’année 2017, Maître C. exerce dans deux domaines radicalement différents. Si le pénal lui fait toucher du doigt des questions pressantes de société, la propriété intellectuelle lui apporte une bouffée d’air très appréciée.

– – – –

La rencontre

Temps de lecture estimé – 15 minutes (Nous avions beaucoup de choses à nous dire ;))

 

TC : Après 7 ans d’études, tu es avocate depuis peu. A quoi pense t’on pendant sa prestation de serment ?

Maître C. : La prestation de serment, on peut la vivre de différentes manières. Tout dépend la symbolique que l’on souhaite y mettre. J’ai une consœur qui était en vacances le jour de la prestation de serment et qui a fait ça à son retour, sans cérémonie officielle. Moi j’ai pris l’extrême inverse, je l’ai vécue comme le début d’une nouvelle vie.
Avant tout, la prestation de serment, c’est rentrer dans l’Ordre des avocats, ça peut donc s’apparenter à une cérémonie quasi-religieuse. Au barreau de Chambéry, la prestation de serment se fait dans la salle solennelle du Palais de Justice, salle à haute valeur historique. (NDLR : visite en images du Palais de Justice de Chambéry)
De nombreux officiels sont là, tant du barreau que de la magistrature. Il y a également la presse. C’est tout de même assez impressionnant. J’avais également invité ma famille et mes amis. C’était un moment chargé d’émotions.

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Le Palais de Justice de Chambéry, où Maître C. a prêté serment.

Je ne sais pas à quoi je pensais exactement… Tellement de choses défilaient dans ma tête. Ma crainte suprême était de ne pas me souvenir du serment ou de m’emmêler les pinceaux.
Ce serment est long : « Je jure comme avocat d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ».
Heureusement, juste avant la cérémonie, on nous a appris que l’on n’aurait à dire que « Je le jure ». J’étais soulagée.

Puis est venu le stress de savoir si on devait garder les gants au moment de lever la main. Plus personne ne savait. Personnellement je les ai gardés. D’autres consœurs les ont enlevés. J’avais aussi un peu de stress car mon fiancé n’arrivait pas, il était coincé dans la neige. Il est arrivé juste à temps. Juste avant de dire « Je le jure », ma tête tournait légèrement, mon cœur s’affolait. Une fois les trois mots prononcés, je me suis dit « voilà c’est fait, tu es avocate », j’ai regardé Me Cataldi, avocat chez qui j’avais fait de nombreux stages et chez qui je travaille aujourd’hui, qui m’a fait un clin d’œil. Pendant ces quelques secondes, il n’était plus mon maître de stage, il n’était pas encore mon chef.

Ensuite j’ai ressenti une grande fierté. Devenir avocat c’est se consacrer entièrement à une profession, c’est se dévouer à son prochain afin que les droits de tous soient respectés. Il m’arrive d’avoir le vertige quand je pense à la mission qu’est la nôtre mais ce jour là, je n’ai ressenti que la fierté de rentrer dans la confraternité des avocats.

« Devenir avocat c’est se consacrer entièrement à une profession, c’est se dévouer à son prochain afin que les droits de tous soient respectés. »

TC : Le passage à la vie professionnelle, un moment préparé ?

Maître C. : Vaste débat…. Pour être avocat, la plupart d’entre nous font un Master 2 soit 5 ans d’études universitaires. On est alors très loin de la vie professionnelle. L’école des avocats est censée nous amener vers cette vie professionnelle. Au final, je n’ai pas eu la sensation d’avoir été préparée. On nous a appris la paperasse. J’ai pu monter mon entreprise libérale sans aucune encombre.

Mais la difficulté est davantage psychologique. Les premiers mois on ne sait pas encore toujours tout, il y a trop d’usages dans la pratique de notre profession pour tout savoir. On m’a toujours dit qu’il fallait 10 ans pour être un bon avocat. Je pense que c’est vrai. J’ai encore énormément de choses à apprendre, beaucoup de questions « bêtes » à poser.

L’université et l’école des avocats nous apprennent à être des juristes mais pas des avocats. Être avocat, avant tout, c’est être le roi de l’organisation. Et malheureusement aucune école ne peut nous l’apprendre. J’ai la chance d’avoir travaillé durant mes études ce qui m’a appris la rigueur au travail. Certains ne l’ont pas fait ou n’ont tout simplement pas un caractère rigoureux. Le passage à la vie professionnelle avec un agenda à gérer, une comptabilité à tenir, des charges à provisionner, des clients exigeants à gérer peut être difficile. On a un peu l’impression de se battre sur tous les fronts. Je pense que rien ne peut nous préparer à ça.

TC : Tu t’occupes de dossiers en Propriété intellectuelle et en pénal. Les clients ont donc des profils très différents. Au-delà de la question des connaissances juridiques, c’est quand même un peu le grand écart non ?

Maître C. : Oui. J’ai longtemps hésité entre les deux matières. Aujourd’hui je n’hésite plus : j’ai besoin de faire les deux, même s’il est vrai que ce mélange est très atypique. Je fais les deux avec autant de passion.

Le pénal, c’est aider son prochain, défendre les valeurs du Droit et de la Justice. En général, les affaires nous atteignent directement au cœur. En tant que professionnel, il faut bien évidemment garder la tête froide mais en réalité on ne peut se débarrasser de la charge émotionnelle. On apprend juste à la gérer.

Parfois j’ai besoin de traiter des affaires qui sont moins dans l’émotionnel avec des dossiers en propriété intellectuelle.

« C’est un équilibre que j’ai trouvé entre l’ombre et la lumière. »

J’ai fait ce choix de défendre les créateurs car j’ai grandi au milieu des artistes. En faisant de la propriété intellectuelle j’ai la sensation de m’élever de la noirceur du pénal. Lorsque je mets mes compétences au service de l’art, je me confronte à ce que l’Homme fait de plus beau, à mon sens. En faisant du pénal, je me confronte à la part la plus sombre du genre humain. C’est un équilibre que j’ai trouvé entre l’ombre et la lumière.

TC : Avec les dossiers en pénal que tu traites, tu as une vision de la société plutôt sombre. Au milieu de la violence, des noms d’oiseau, de l’ignorance parfois, comment (quelles ressources te permettent) arrives tu à garder de l’entrain pour défendre avec la même ténacité chaque client ?

Maître C. : J’ai la foi. Je sais que tout homme est capable de s’améliorer. La plupart des délinquants ont un parcours de vie qui s’explique. En général, la délinquance vient d’une grande misère sociale. La plupart des criminels n’ont pas forcément un parcours délinquant. Ils sont un peu Madame ou Monsieur Tout le monde et un jour, tout chavire. Ils n’en restent pas moins des hommes. Chaque homme a sa part d’ombre et sa part de lumière. Chaque homme fait le choix (pas toujours conscient et souvent influencé par des éléments extérieurs) de la part de lui-même qu’il veut mettre en avant. Cette foi me porte.

J’essaie juste de rendre le monde un peu meilleur, à mon niveau, à ma toute petite échelle. Je reste humble malgré tout…. Et parfois ma foi vacille devant la haine que je côtoie au quotidien. C’est dans ces moments là que la propriété intellectuelle a toute son importance : ça me rappelle que l’homme peut aussi être bon.

TC : Dans certaines situations, il faut accepter que son rôle sera limité …

Maître C. : C’est le moins que l’on puisse dire. Dans certaines situations, l’avocat est juste là pour garantir l’application des textes. Je ne suis pas de ceux qui nieront l’évidence d’un dossier, quel qu’il soit, pour défendre coûte que coûte un client. Dans ce type de situation, la seule chose que l’on puisse faire, c’est de la pédagogie. Au pénal, on a coutume de dire qu’une bonne peine est une peine comprise. Si la culpabilité ne fait aucun doute, que les textes ont été respectés, on ne peut rien faire de plus que de s’assurer que la peine sera bien comprise.

« Au pénal, on a coutume de dire qu’une bonne peine est une peine comprise. »

TC : Tu me parlais de certains clients qui pensent que tout leur est dû alors qu’ils sont à l’AJ … As-tu une idée de la raison et des moyens d’éviter ça?

Maître C. : Pour les lecteurs, je précise que l’AJ est l’aide juridictionnelle. C’est une aide de l’Etat qui permet à toute personne d’avoir un accès à un avocat. En cas d’aide juridictionnelle totale, pour les personnes les plus démunies, c’est l’Etat qui paie l’avocat. Je précise qu’un avocat travaillant à l’aide juridictionnelle, à moins de bâcler le dossier, n’est pas payé au juste prix de son travail.

Certains justiciables, souvent, et c’est bien malheureux, des habitués de la justice, pensent qu’avec l’aide juridictionnelle tout leur est dû. Je pense que c’est tout simplement un problème d’éducation. Quand on va chez le médecin, on prend un moyen de paiement, même si la sécurité sociale rembourse. Chez l’avocat, c’est pareil. Je pense que le problème vient également de l’image de l’opinion publique sur l’avocat. Pour l’opinion, l’avocat c’est une personne richissime, venant d’un milieu bourgeois, coupé du monde, qui traite ses dossiers avec froideur.

Donc je pense que l’éducation devrait se faire dans deux sens : d’abord expliquer aux gens que quand on profite d’un service, on le paie. Ensuite expliquer aux gens que les avocats ne sont plus ce qu’ils étaient.

Il me semble que les notaires avaient fait une grande campagne de publicité pour moderniser l’image qu’on avait d’eux. Ce ne serait à mon avis pas une mauvaise idée pour les avocats.

Maître Labori, plaidant pour Emile Zola. Une robe noire du XIXème !

TC : J’ai entendu dire que c’était un métier de passion, de vocation. La vie professionnelle, la vie personnelle, le flou ?

Maître C. : Complètement ! Tout s’entremêle car on ne peut pas lâcher. Le soir, on pense à nos dossiers. Le week-end aussi. Pendant les vacances, on essaie de se détendre mais c’est compliqué. J’ai la chance d’avoir un conjoint, une famille et des amis qui ne sont pas du tout dans le domaine judiciaire. Ça me permet de parler d’autre chose. Mais c’est compliqué.

Petite anecdote : il y a quelques semaines, je me baladais avec mon conjoint. J’ai vu que sa sacoche était abîmée. Je lui ai demandé pourquoi il gardait celle là alors qu’il en avait racheté une. Il n’en avait pas racheté depuis 2 ans… J’ai confondu avec un client dont tout le dossier remontait à l’achat d’une sacoche.

Je pense également que le secret professionnel, bien que totalement nécessaire, nous empêche d’extérioriser et donc de relâcher un peu la pression, si bien que l’on cogite sans arrêt.

TC : Quel est le grand défi du métier d’avocat en ce moment ?

Maître C. : S’adapter au monde qui change !  Me Cataldi (NDLR : L’avocat avec qui Maître C travaille) m’expliquait que dans les années 80 la délinquance était différente. Il suffisait d’avoir un seul client, un « parrain », et on avait tout le « gang » qui nous assurait des revenus. Aujourd’hui, la délinquance est beaucoup plus pauvre, désorganisée.
Il faut également s’adapter aux réformes législatives de plus en plus nombreuses. De trop nombreuses lois sont écrites actuellement, certaines se contredisant. Le Droit français est de moins en moins structuré. Il va falloir nous adapter.

De plus, et j’en ai déjà parlé, on a une vision de l’avocat qui serait un homme enfermé dans un bureau avec des dossiers au papier jauni et qui les traite froidement pour une facture salée. Il n’en est plus rien.

Aujourd’hui l’avocat est obligé de se moderniser. On travaille la plupart du temps par mail. Mais il faut s’adapter aux 150 mails par jour… Tout doit aussi aller toujours plus vite. Les gens veulent un rendez vous dans l’immédiat. Il faut aussi qu’on explique aussi aux clients que si l’on a fait 7 ans d’études, ce n’est pas pour leur apporter les réponses qu’ils ont vu en tapant trois mots clés sur google, et que chaque cas est unique . Par conséquent, la réponse qu’ils ont lue (et qui souvent les arrange) ne s’applique pas forcément à eux.
Il nous faut aussi toujours nous justifier sur nos honoraires. A l’heure de l’uberisation, on doit s’adapter.

Au fond, la grande difficulté c’est que pour s’adapter, il faudrait prendre le temps de réfléchir à « comment s’adapter. » Et nous n’avons pas le temps de réfléchir à des grandes questions de fond comme celles-ci …

TC : Peut-être que l’Ordre va commencer sa réflexion pour vous !

TC : Peux-tu évoquer pour les lecteurs la question sur la féminisation de la profession ?

Maître C. : Là encore, c’est un vaste débat. Il y a encore une dizaine d’années, les hommes étaient largement majoritaires dans notre profession. Aujourd’hui, je crois qu’on est à environ 45% de femmes. A Chambéry cette année, nous étions 10 à prêter serment. 8 étaient des femmes. En tant que femme, je ne vais pas dire que parvenir à la parité est une mauvaise chose. Néanmoins, je me fais du souci pour l’avenir car si le Barreau continue de se féminiser il n’y aura plus que très peu d’hommes. Or, nous exerçons une profession qui a besoin d’hommes. Ce n’est pas être anti féministe que de dire ça.

En pénal, il y a très peu d’avocates. Cela s’explique : il est difficile par exemple pour une femme d’aller en prison visiter un violeur. Et c’est pourtant nécessaire.

« Je pense donc que la féminisation de la profession n’est pas un problème pour l’instant. Néanmoins, comme en toute chose, il ne faudrait pas que l’équilibre hommes-femmes soit rompu. »

D’autres professions connaissent des problèmes similaires. Je pense par exemple aux infirmiers psychiatriques. Il y a  trop peu d’hommes. Or il arrive de devoir recourir à la force physique pour calmer des patients ce qui est très difficile pour des femmes.

Il en va de même pour nous, notamment en matière pénale. J’ai déjà eu peur en allant assister un homme en garde à vue, très nerveux, qui ne comprenait pas forcément que l’avocat était là pour l’aider. Cet homme faisait environ 2 mètres pour 100 kg de muscles. Les policiers ont eu du mal à le menotter, les menottes étaient trop petites pour ses poignets. Quand il a commencé à faire de grands gestes, j’ai pensé que s’il devait être présenté devant un magistrat le lendemain je laisserais le dossier à un confrère. Et encore… Je prends des cours d’arts martiaux qui m’apprennent à me défendre !Un grand grand merci à toi, et à bientôt !

Maître C. a accepté de se dévoiler. Si jamais vous souhaitez lui demander conseil, voici son adresse :

Maître Marion Célisse
Avocate

88, Rue Freizier
73000 CHAMBERY

Tél : + 33 (0) 4 79 68 71 71

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Marion, tu es une nana étonnante. Ca y est, tu y es arrivée. Tu es avocate, après de longues années d’études ! Et puis, tes deux passions (en droit) qui semblaient inconciliables se chevauchent aujourd’hui tout au long de tes journées.

Tu es jeune, tu es une femme, tu débutes et tu as sur toi tant de responsabilités. Des hommes et des femmes te font confiance à des moments délicats de leur vie et tu leur accordes ton savoir, ton énergie, tes qualités humaines pour les sortir de passes difficiles. Chapeau bas !