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Mots depuis le noctilien.

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Mots depuis le noctilien.

[Publié initialement sur la page facebook du blog @trottecocotte]

-Le lundi matin, c’est souvent dur d’y aller, de recommencer la course de la semaine. En ce lundi matin, j’avais envie de vous partager un texte que j’ai écrit hier, dans un noctilien parisien, à une heure avancée de la nuit. Comme une envie de décrire une réalité choquante qui m’a frappée aux yeux encore plus que les autres fois.

Parce que nos lundis matins sont plein de promesses, plus que les dimanches de nuit dans un noctilien …-

Il est 3h51 ce dimanche 7 avril au matin. Je suis partie il y a presque 3/4 d’heure de chez mes amis et j’aurais pu prendre un « Kapten » (le nouveau nom de l’application Chauffeur Privé ») mais je ne l’ai pas fait.

Je ne suis pas souvent à Paris ces derniers temps et pourtant j’aime cette ville malgré tous ses défauts. Je l’aime aussi de nuit. Elle est si belle avec ses monuments bien éclairés, ses passants qui chantent en sortie de soirée et ses rues presque désertes où c’est un bonheur de circuler. J’ai hâte qu’il fasse meilleur pour que je prenne un vélib sans craindre de réanimer mon rhume à chaque virée.

Mais si j’aime cette ville elle me fait aussi souffrir car elle me montre un visage lourd et anormal.

Alors je sors mon téléphone, ouvre une note et j’écris ces lignes.

Chaussures bleues, pantalon de velours marron, parka violette et charriot bleu ciel avec une poche ouverte d’où je vois dépasser une banane, voilà une dame âgée.
Les mains accrochées à l’accoudoir, elle se retient de basculer à chaque virage pris brusquement par le chauffeur. À moitié endormie, elle semble habituée à la conduite sportive de ces derniers la nuit.

Un monsieur derrière elle a pris une place et a empilé 2 sacs de courses remplis d’affaires personnelles ainsi qu’un sac à dos qui lui sert d’oreiller. Sa capuche baissée, il tente de dormir. Il lève pourtant le nez vers moi même s’il a l’air ailleurs; comme pour vérifier qu’il est en sécurité.

A côté de moi assis sur une place double, un homme imposant à la parka kaki sale circule avec un sac de voyage et une petite valise. Il se retourne un peu perdu pour me demander si nous arrivons bientôt à Montparnasse.
Je lui dis que ce n’est pas encore là et que s’il veut je le préviendrai car je descends aussi à cet arrêt.
Il accepte !

Partout dans le bus des gens dorment tête contre la vitre ou les dossiers du bus. J’en compte 8, la moitié du bus environ.

Je ne déteste pas prendre ces bus sales et qui sentent mauvais car j’y vois une partie de la France que l’on oublie préférant parler de « ceux qui comptent » alors qu’ils sont pourtant assez grands et ont assez d’influence pour se faire remarquer seuls.
Comme un shot de réalité qui me rappelle que si tout n’est pas facile pour moi (vie d’entrepreneur artisan en devenir), je n’ai vraiment pas à me plaindre.

Ce qui me fait le plus mal ce soir c’est cette vieille dame qui doit bien avoir 75 ans, qui a le corps et les chaussures typiques d’une personne âgée et qui ne semble pas trop négligée. Je repère quelque racines, elle a dû se faire une couleur 1 ou 2 mois auparavant.
Sa peau a l’air toute douce mais ses traits sont tirés.

Que s’est-il passé pour qu’elle soit là, dormant dans un noctilien à la course folle dans Paris ?
Je ne sais pas qu elle a été sa vie mais sa vie a l’air banale. Une petite mamie qui pourrait tout à fait être la mienne.

Quand on arrive vers Montparnasse elle prend sa béquille violette en main et se redresse. Je vois son visage en entier. Elle referme sa parka et tapote la capuche du monsieur derrière elle. Lui demande si elle peut aller « à un point d’eau » à l’arrêt. Presque arrivés elle lui dit « j’irai plus tard il y en a un prêt à partir ».

Montparnasse est le terminus du bus, le chauffeur se lève et crie dans tout le bus comme une routine incessante : « Terminus, messieurs dames on se réveille et on descend. ».

Ils se lèvent et commencent à transvaser leurs bagages difficilement, avant de monter dans le même bus qui va partir en sens inverse.

Ce soir j’ai pris ce bus au Rond Point des Champs Elysées, après en avoir pris un autre du côté de l’Etoile. J’en ai vu passer des voitures qui coûtent des milliers d’euros, et j’ai aussi vu ceux qui n’ont rien.
Je n’apprends pas qu’il y a de la misère aujourd’hui, ma ligne de métro est l’une des plus fréquentées par ceux qui font la manche. Mais je n’avais encore jamais vu un bus aussi rempli de personnes dans le besoin et surtout âgées. Elles étaient plus nombreuses que les passagers comme moi. Et là, ça devient très compliqué …

À part leur adresser un beau sourire et un dialogue s’ils le souhaitent, je ne peux rien faire toute seule. Je ne suis moi-même pas si stable que cela car j’ai choisi d’entreprendre, mais j’ai la vie devant moi et tout le loisir d’évoluer !
Je ne peux pas leur offrir de l’argent ou du matériel car je n’ai pas grand chose.
Mais ce que je vois à mon niveau de jeune femme c’est l’hypocrisie de ce monde et de cette ville de Paris qui par beaucoup d’aspects met en exergue l’argent, la richesse et le confort matériel.
Je ne sais pas vous mais je trouve cela de plus en plus insupportable de supporter l’ambivalence.

Je ressens cela comme une violence. Cette violence qui devient ordinaire m’a fait mal et je me dis qu’il y a tant de choses qui sont loupées. De la richesse, de l’argent, il y en a. Mais le système est rayé, car de plus en plus souvent je vois des personnes âgées notamment dormir dans les bus.

Pas malades, juste pauvres et seules.

Paris x La neige : association affolante !

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Paris x La neige : association affolante !

Au début de la semaine, la région Île de France pour ne citer qu’elle, a été recouverte d’un grand manteau blanc.

Après les inondations et le kite-surf dans les rues de certaines villes franciliennes, les pistes de ski ou les patinoires publiques et gratuites ont ouvert leurs portes.

Comme à chaque épisode neigeux, la circulation a été très, très, très difficile aux abords de Paris et dans la ville.

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Cela a permis à tout le monde de s’exciter sur les parisiens soi-disant paralysés avec 1 centimètre de neige sur leurs routes et trottoirs. Sans être une parisienne pure souche, je vis à Paris et je dois dire que ce lynchage médiatique et « provincial » a le don de me mettre hors de moi. Car la caricature est grotesque et qu’elle fait diversion. Pendant que l’on se rit des parigots, on évite de faire la lumière sur les vrais sujets.

J’en ai identifié 3 dont je vais vous parler par ordre d’importance, en partant du moins « préoccupant » à mes yeux pour aller vers celui qui me touche le plus.

Vous me direz s’il en est de même pour vous ! 😉

Les bouchons

Ah ces sacrés bouchons ! Prenez le périph’ un mardi matin en jour de trafic « normal », ca ne roule pas de manière fluide. Imaginez maintenant qu’on y rajoute des chutes de neige, et 10 centimètres au sol. Les choses se compliquent sérieusement.

Je n’ai pas la télévision chez moi, j’ai donc été épargnée par les traditionnels JT consacrés entièrement aux 10 centimètres de neige tombés en deux jours sur zone. C’était sans compter sur les réseaux sociaux qui eux aussi se sont emparés du sujet.

Tout le monde se plaint et rit des services de voirie vraiment incompétents au point qu’ « à chaque fois c’est la même pagaille ».

Enfin, la neige restera toujours la neige. Elle fait glisser, elle glace et elle oblige à ralentir, ce qui crée, devinez quoi … des bouchons.

N’étant pas analyste dans le domaine de la circulation et plus spécifiquement des pneus, je ne connais pas le pourcentage d’automobilistes franciliens (ou des alentours) équipés pour braver la neige, mais j’imagine que le chiffre est moins élevé qu’en Savoie.

Moralité de l’histoire, pourquoi toujours tout critiquer ? On pourrait choisir de se détendre, car c’est la vie et que la vie ça réserve parfois des surprises dont on se serait bien passé.

Si les routes sont engorgées parce que beaucoup ont besoin de prendre leur voiture. Allons chercher un début d’explication …

Domicile-travail : des lieux de plus en plus éloignés

Au fond, qu’est-ce qui nous turlupine tous ? C’est de voir la pauvre Isabelle ou le pauvre Bruno qui ont mis 4 heures pour faire 10 kilomètres.

Isabelle et Bruno ont en fait « de la chance », car le naufragé de la route qui est juste devant eux habite lui à Chartres. Tous les jours, il vient travailler à Montrouge en voiture depuis chez lui.

J’invente des prénoms et des situations, mais au fond je ne suis pas éloignée tant que ça de certaines réalités. Qui n’a pas déjà regardé un « Capital » consacré à ces personnes qui viennent de Chartres, Amiens, Reims ou Fontainebleau travailler à Paris tous les jours ?

Ils font pâlir d’envie les parisiens avec leurs maisons de 200 m2 en plein centre-ville de leur bourgade provinciale d’adoption. Mais ces rythmes de vie ont un prix !

Un jour de neige, cela est encore plus visible.

Tous ces naufragés sont les victimes d’une société qui ne tourne plus très rond, ou d’un manque de courage qui les pousserait à faire différemment.

Les images d‘automobilistes qui vivent de longs trajets quotidiens m’ont fait réfléchir. Vous aussi ?

UN manteau de neige pour maison

Derrière ces problèmes de « riches », j’ai aussi vu la réalité du monde encore une fois me tomber sur le coin du nez. Un peu comme une boule de neige toute glacée que l’on reçoit au moment où l’on ne s’y attend pas et qui vous fait un mal de chien.

Mardi soir, je regagnai petit pas après petit pas la station de métro la plus proche pour rentrer chez moi complètement transpercée par le froid ; quand j’ai vu, dans l’entrebâillement d’une porte, un monticule de couvertures où devait dormir une personne. A 20 centimètres de la neige.

La maison de cette personne ? Le palier d’un immeuble haussmannien qui n’a d’accueillant que son architecture  – quand on a le temps et la vie qui nous permettent de l’apprécier.

La neige n’est pas tendre avec les automobilistes. Mais que dire de ce manteau blanc qui tombe sur les laissés pour compte ! Au lieu de réchauffer, il refroidit encore une atmosphère déjà dure à supporter. Il fait déguerpir ceux dont l’aide au quotidien est précieuse.

Un manteau de froideur et de solitude. Un manteau qui au lieu de protéger, rend encore plus vulnérable.

Ce qui me choque et me peine déjà d’habitude, devient de plus en plus insupportable à voir. La richesse côtoyant la pauvreté et l’inhumanité dans une hypocrisie totale. Les polémiques autour de l’argent et des mauvaises dépenses de l’Etat, des entreprises ou autres, sont une honte quand on pose ne serait-ce que le regard sur nos trottoirs …

Je rejoins l’insurrection de la bonté lancée par l’Abbé Pierre il y a 64 ans. Car si beaucoup de choses ont été faites, l’hypocrisie a bien tendance à s’accentuer.

Vidéo de l’appel de l’Abbé Pierre à l’hiver 1954

Loin de moi l’idée de vouloir casser l’ambiance, mais j’avais envie de parler de ces sujets qui me sont venus en tête au moment de l’arrivée de cette neige.

Voici pour finir quelques petites photos de Paris en blanc, prises avec mon vieil iPhone. La ville est si belle comme cela !

A tout vite ! Oui oui, je reviens très vite sur le blog ! 😉