Catégorie : Créateurs

« Simples choses », l’intériorité au service de la création !

Créateurs Les faiseurs

« Simples choses », l’intériorité au service de la création !

Roanne, le 12 septembre 2017.

Dans le courant du mois de septembre, je me suis rendue à Roanne. Une journée à mi-chemin entre Clermont-Ferrand et Lyon pour y rencontrer deux femmes, deux artistes.

L’une d’elle va bientôt démarrer son activité et s’attelle en ce moment aux derniers ajustements de son projet. Je vous la présenterai dans quelques mois, lorsqu’elle se sentira prête à parler de sa passion, la poterie !

Aujourd’hui nous avons rendez-vous avec Mélanie. Cette professeur de lettres qui n’a pas encore passé la trentaine, a choisi de se consacrer pour l’instant à son rôle maman. Une vocation qui l’a amenée à retrouver son âme d’artiste …

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L’une des poupées réalisées par Mélanie. Son visage a été façonné avec du plâtre.

Elle m’accueille chez elle un mardi après-midi, sa fille dans les bras. Les tons pastel et la décoration soignée donnent à l’endroit calme et sérénité. Nous nous installons dans son atelier où elle a disposé ses différentes créations … Bavardes, nous faisons connaissance.

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TC : Tu as choisi comme nom d’artiste « Simples choses ». Quand je regarde les poupées que tu confectionnes et les illustrations que tu réalises, je vois beaucoup de finesse, de travail et de maîtrise de la technique. Pourquoi ce nom ?

Mélanie : Il y a quelque chose de poétique dans ce nom. Cela m’évoque René Char, Philippe Jacottet ou Heideger. Près de la chose qui est comme elle est, qui n’est pas « sur-travaillée ».

Mes poupées sont en tissus coupé dans de vieux draps ou venant de friperies. Je n’achète jamais de fournitures. La simplicité est un but en soi. Ce que je poursuis comme horizon.

« La simplicité est un but en soi. Ce que je poursuis comme horizon. »

Pour le côté chose, la chose qui dégage une présence par elle-même. Une poupée condense une odeur, une impression, une émotion.

Le nom est important, il éclaire ce que l’on fait et permet de comprendre la création. Il y a quelque chose d’enraciné dans le fait de mettre l’accent sur les choses simples.

[Parenthèse tout en douceur]

Une douce galerie réalisée avec des photographies de quelques poupées de Mélanie.

[Fin de la parenthèse tout en douceur]


TC : Tu as toujours créé ?

Mélanie : Je dessinais toute la journée, je peignais toute la journée mais je ne le faisais pas pour faire. C’est dans l’ennui que je me suis dirigée vers ce que j’avais. Du papier, des crayons, …
Je voyais que ma mère ne s’empêchait pas de faire donc j’ai continué. Je ne pense pas que mes parents se sont dit « nous voulons lui faire faire ça pour qu’elle soit bonne dans telle ou telle chose. ». Ma mère a toujours eu le souci du foyer. La musique, les textures, les couleurs. Au fond, je voyais des gens créer. Alors je créais aussi. Personne ne s’extasiait, ça faisait partie de la vie.

Je me souviens que je rassemblais des images, et aujourd’hui en voyant Instagram par exemple, je me rends compte que l’image a un vrai pouvoir sur ce que l’on est et qu’il faut savoir s’en libérer car tout n’est pas bon.

TC : Justement en tant qu’artiste, quel est ton rapport à Instagram ?

Mélanie : On est dans l’auto-portrait permanent. La société du spectacle où l’on se montre à travers un écran. Je fais également une sorte d’asphyxie du quotidien car il est mis en scène à longueur de comptes. Rendez-nous le quotidien !

« Sur Instagram, le quotidien est mis en scène à longueur de comptes. Rendez-nous le quotidien ! »

TC : Oui, mais tu es sur Instagram (@simpleschoses)  quand même, et tu y publies des photographies pour faire découvrir tes créations, entre autres. Instagram apporte quelque chose à la création non ?

Mélanie : Ce sont des images que je fabrique comme quelqu’un qui regarderait un catalogue. En fait, tu publies pour être regardé, et tu regardes qui te regarde. C’est une sorte de quadrillage de la normalisation. Pour être vu, il faut enchaîner les « # », en trouvant les plus percutants. C’est un lieu de compétition !

J’apprécie les comptes qui sont dans la vie incarnée, qui montrent la vie telle qu’elle est vécue.

Je pense profondément que l’on ne peut pas y arriver si l’on est habité par les images des autres. Nous avons besoin d’un isolement intime, d’intériorité. D’autant plus pour créer.

Cela me fait penser à une citation de Maria Montessori que j’apprécie beaucoup : « Personne ne peut nous aider à atteindre cet isolement intime qui nous permet d’accéder à notre univers le plus secret, le plus profond, aussi mystérieux qu’il est riche et plein. »

TC : Justement, j’allais y venir. Y’a-t-il des conditions pour la création ?

Mélanie : J’ai analysé trois conditions : « Silence, solitude et ordre ». D’ailleurs, pendant ces dernières vacances d’été, je me suis isolée et j’ai pris le temps de me reconnecter intérieurement. J’ai pu me remettre à la peinture ! (NDLR : Vous pourrez voir des illsutrations réalisées par Mélanie un peu plus tard).

J’ai pu éclore, dans un milieu qui n’était pas étouffé par les autres.

[Parenthèse tout en douceur]

Dans les champs, sur les genoux de maman, dans les bras de papa ou à l’école, voici quelques illustrations signées @SimplesChoses !

[FIN de la Parenthèse tout en douceur]


TC : Comment fait-on pour réunir cette trinité de conditions et créer ?

Mélanie : Je sens que j’ai besoin pour être une mère aimante d’avoir du temps pour créer. Alors quand mes enfants dorment, je crée. Nous savons aussi avec mon mari que nous avons « nos jardins à nous ». Alors nous nous laissons cet espace …

TC : Tu as évoqué ton rôle de mère, en le liant à ta créativité. C’est la maternité qui te (re-)connecte avec la création ?

Mélanie : Pour être une « femme moderne », on nous fait croire que le salariat est la seule chose à atteindre. Avec le salariat, selon moi, on a ôté aux gens ce pour quoi ils avaient été créés.

Le fait d’avoir des enfants me rattache à un lieu car je ne peux pas sortir de partout. Avec cela, je me suis donc demandée ce que j’avais en moi, pour trouver cette part d’humanité qui me fait vivre et qui amène la créativité. La lecture, l’écriture, la poésie, … Notre part d’humanité. Je vois la création partout !

Une infirmière qui soigne avec cœur est dans la création car il y a de l’humanité. Cette humanité m’a été donnée quand j’ai eu des enfants.

TC : La création te permet de te découvrir ? D’aller au fond de toi ?

Mélanie : Je cherche encore l’expression artistique qui me permettrait de relier tout ce que j’aime. Je ne pourrai pas faire que des poupées car j’aime lire, peindre.

« C’est un peu la permaculture de l’intérieur, tout croit ensemble »

TC : Par quels moyens te sens-tu légitime dans la création ?

Mélanie : Je n’y pense pas. Ce n’est pas parce que j’ai appris que je sais faire. Et je ne fais pas pour attendre des retours. Quand tu fais ce que tu aimes faire et que c’est juste, tu ne te poses pas la question.

TC : A quoi penses-tu quand tu fais des poupées ?

Mélanie : Je sais que mes poupées ont une fragilité (NDLR : elles ne sont pas adaptées pour les plus petits), et j’aimerais qu’elles soient des petits condensés d’univers. Un objet qui dégage quelque chose sans être « utile » et en même temps, je n’aime pas trop le côté « poupée en porcelaine » parce qu’elles ne se renouvellent pas.

Quand je fabrique une poupée, je pense donc au nom que je vais lui donner, à l’univers qui va y être associé, à mes enfants, à mon mari.

TC : Depuis combien de temps t’es-tu mise à en fabriquer ?

Mélanie : Depuis 6 ans. J’ai commencé par faire une poupée pour mon fils afin qu’il s’amuse. Puis une amie m’en a demandé une pour sa fille.

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TC : Tu peignais déjà ?

Mélanie : J’ai fait du dessin, et j’ai décidé récemment de le montrer. Un tableau, une illustration, la liberté est totale pour le spectateur.

J’aspire à l’écriture et au dessin. On se sent tellement bien quand on a trouvé sa manière de s’exprimer !

 

Quelle rencontre ! Un échange empli d’idées, de volonté d’être au monde de la meilleure manière qui soit. Une vision de la vie très ancrée dans ce qui nous caractérise, de ce qui fait notre essence d’humains. 
Et puis la création. La volonté de rechercher, de trouver quels talents et leviers activer pour être soi et s’exprimer !

Que tes créations sont belles Mélanie, et ton univers si doux et authentique ! Ta simplicité, ton naturel et ta réflexion sont de rares et beaux atouts que tu mets au service de la création. Je continuerai à te suivre … 

Pour suivre Mélanie, pour lui commander une poupée ou une illustration, vous avez plusieurs possibilités, et ça c’est vraiment chouette ! :

Son site

Son compte Instagram (rempli de douceur) : @simpleschoses

Sa boutique Etsy

La contacter par mail : simpleschoses@gmail.com

Marion Clément revisite des savoirs-faire d’antan, chapeau !

Créateurs Les faiseurs

Marion Clément revisite des savoirs-faire d’antan, chapeau !

Lorsque j’ai rencontré la bande de Wefly drone dont je vous ai parlé récemment, Corentin, un des membres de l’équipe m’a parlé d’un groupe de jeunes qu’il avait croisé la veille sur le parvis de Fourvière. Ces derniers tournaient des images afin de monter un film retraçant les rencontres faites sur leur route. Un périple à la Trotte cocotte, mais en vidéo (et pas exactement pareil non plus !).

Bref, en allant regarder leur page Facebook, j’ai pu lire un commentaire de Marion Clément, une chapelière-modiste, qui les invitait à passer à Saint-Etienne pour visiter son atelier. Ni une ni deux, je lui ai envoyé un message en lui expliquant que je serais ravie de passer à l’atelier pour la rencontrer. Nous avons réussi à faire concorder nos emplois du temps et me voilà partie à la rencontre de Marion la semaine d’après …

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En ce jeudi 20 juillet, j’arrive de Lyon en fin de matinée. Pour tout vous dire, je suis un peu déboussolée par mon arrivée en gare de Saint-Etienne Chateaucreux car le quartier est tout en travaux et vide. Je pars donc un peu à l’aventure dans les rues de la ville quand je passe devant un restaurant dont je sens la patte d’une nana qui a de la personnalité et du goût. Je déjeune donc au « Mal assis », un restaurant tenu par Camille depuis 2 ans. Nous finissons par parler. Je la remercie pour son accueil, notre discussion et son aide pour m’aider à me repérer.

Je décide ensuite de flâner dans les vieilles rues de la ville avant de chercher l’atelier de Marion.

Je l’aperçois ! Quand j’arrive, je suis époustouflée par la décoration des lieux dans un quartier qui -pour ce que j’en ai vu-, ne paye pas de mine. L’endroit est bien aménagé, sobre et classe tout en restant chaleureux.

Marion s’est en fait installée avec une artiste ! Une illustratrice à l’univers doux et poétique. Alliage réussi.

[A peine arrivée, je pose mon sac, elle me propose un thé avec un peu de citron. Je mets mon téléphone en charge pendant qu’elle s’allume une cigarette et, au son des chansons françaises qui défilent sur son mac, nous décidons de parler « à la cool », en nous tutoyant.]

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La rencontre

TC : Marion, tu es chapellière-modiste. Cela signifie quoi exactement ?

M. : Le savoir-faire du chapelier est à la base, le fait de produire des chapeaux en série et dans une usine. Le métier de modiste quant à lui s’adresse plus aux femmes. Il fait appel au sur-mesure et à l’adaptation aux formes de la tête et du visage.

« C’est un métier d’homme à la base. Quand on travaille le feutre, il est humide et très chaud. Il faut le tirer très fort sur le moule. »

TC : Comment le devient-on ?

M. : Mon parcours est un peu atypique puisque je n’ai pas choisi d’être tout de suite chapelière-modiste. J’ai une formation en design produit que j’ai eu envie de compléter par un CAP d’ébénisterie. Je te parlerai de mon parcours personnel plus en détail après si tu le souhaites !

En France, pour devenir chapelier-modiste il faut suivre un CAP. Il n’y en a, si mes souvenirs sont bons, que 2 en France à Paris et Lyon.

TC : Et finalement, toi tu t’es formée à Chazelle-sur-Lyon (entre Lyon et Roanne) et tu as décidé de t’installer à St Etienne …

M. : Oui ! Comme je te le disais tout à l’heure, mon parcours est un peu différent car je n’ai pas suivi le CAP, et que j’ai été vers d’autres voies avant. Je voulais faire quelque chose de mes mains et un jour j’ai vu passer une annonce pour un poste à Chazelle (NDLR : où se trouvent une usine et un musée du chapeau). Pendant 7 ans j’étais employée donc j’encadrais des visites du musée, et en même temps j’ai été formée au métier. J’ai surtout été formée aux techniques de la chapellerie homme et du feutre de poil de lapin. En côtoyant d’autres professionnels j’ai pu affiner ma technique et élargir mes connaissances.

Puis je suis partie avec l’envie de me mettre à mon compte. A St Etienne parce que c’est une ville qui bouge, qui est abordable, où la qualité de vie est bonne. Et nous sommes à 3h de Paris en TGV !

Dans l’atelier de Marion Clément !

TC : Ce n’était pas trop risqué ? Car quand on pense aux produits d’exception, à la mode, on pense à Paris.

M. : Non parce que le monde du chapeau est petit. Le métier est rare, il y a donc une grande solidarité. Il y a des débouchés dans le cinéma, la mode, la vente en atelier, … Au bout de deux ans je travaillais déjà pour la haute-couture.

[Une amie de Marion, anglaise débarquée à St Etienne, rentre dans la boutique accompagnée elle-même par une amie. Nous échangeons toutes les 4 ! La discussion est très chouette. Je découvre des parcours de vie. Des gens qui prennent le temps de voyager, de choisir leur vie avant de subir leurs choix. Pas évident quand l’âge défile mais il y a une vraie cohérence et beaucoup de confiance. Avec Marion, nous reprenons nos discussions après une demie-heure, quelques essayages de chapeaux et une nouvelle cigarette!]

TC : Tu nous montres que Paris n’est pas le centre de la France ! Nous sommes un peu tous déformés à force d’entendre ça … !

M. : On peut être à St Etienne et avoir des clients de Paris et de partout. Le chapeau que je couds devant toi est la commande d’un collectionneur parisien de vieux costumes.

TC : Tu as parlé de haute-couture tout à l’heure. J’ai justement pu lire que tu travaillais avec Jean-Paul Gaultier. Wouahou ! Comment arrive t’on à une telle collaboration ?

M. : J’ai été formée par des professionnels du secteur qui avaient donc un grand réseau. Je suis arrivée pour travailler sur un défilé rapidement. Une belle opportunité et un challenge.

TC : Comment travaille t’on dans ces cas là ?

M. : Je pars pour travailler 15 jours / 3 semaines dans la maison, selon les besoins. C’est comme une petite famille, tout le monde se connaît. Au début j’étais impressionnée mais à force, je ne me rends plus compte, c’est normal de travailler là-bas.

TC : Et tu veux rester à Sainté ? L’atelier tourne ? Ou tes clientes sont surtout sur internet ?

M. : Oui je veux rester à Sainté parce que j’y suis bien. Jusqu’à l’automne 2016 je travaillais sans être au contact des clientes. Et avec Rugiada (une illustratrice avec qui elle a décidé d’ouvrir l’atelier) que j’ai connu à la coopérative à laquelle nous sommes rattachées encore aujourd’hui, nous avions envie d’un lieu pour présenter nos créations et être au contact des clientes.

Depuis 2 mois, j’ai aussi un site (NDLR: lien en bas de l’article) pour que les clientes qui ne peuvent pas passer à l’atelier puissent faire des achats ou passer commande facilement ! 

« Je fais comme les paysans, je fais de la vente directe »

L’atelier commence à tourner. Une clientèle de proximité !

Un aperçu des collections 2017 !

TC : Porter un chapeau est une forme d’élégance qui revient ?

M. : Avec un chapeau, il y a un jeu de caché, de voilé. Ça met en valeur le visage quand on trouve la forme qui nous convient.
On peut s’habiller avec des habits très simples et tout de suite ça habille, ça donne de la classe et ça finit la tenue.

« Le chapeau ça fait des vagues, ça revient toujours »

TC : Et au final, comment tu fais tes chapeaux ?

M. : Cela dépend de la matière que j’utilise et de la technique qui va avec. J’apprends surtout en faisant ! (Sourires). Je pars de formes classiques et j’innove plus sur la couleur, la garniture … En fait, je suis obligée de rester classique car sinon cela fait peur !

[Nous finissons notre discussion en parlant de son statut juridique et de tout ce que cela entraîne. Elle est auto-entrepreneur et voit bien que la précarité qu’il fait naître. Nous savons que nous aurons sûrement plus de mal que nos parents pour vivre et que certains acquis vont disparaître faute de moyens.]

Pour être tenu au courant des actualités de l’atelier :

Le site 

La page Facebook 

Le compte Instagram

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Je remercie Marion pour sa capacité à m’avoir dit de passer à l’atelier dès que je l’ai contactée !

Elle a su me faire goûter à ce qui lui plaît dans son métier et à sa manière de travailler. L’atelier est un petit endroit tout joli dans une rue « banale ». Avec Rugiada, elles la dynamisent et participent au mouvement entrepreneurial que j’ai pu voir à Saint-Etienne à travers les rues !

Je sens bien que tout n’est pas rose car choisir un métier rare n’est pas forcément évident. Mais elle innove pour que des savoirs-faire d’antan puissent servir la mode d’aujourd’hui ! Merci !

Suivez les fleurs, au bout Eléonore M !

Créateurs Les faiseurs

Suivez les fleurs, au bout Eléonore M !

Lyon, Vieux Lyon, le 19 mai 2017.

On dit souvent qu’ « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Eléonore ou Eléonore M, je le pense, fait partie de ces âmes au talent fou, qui ont osé, bien avant de voir leur fraîcheur se faner !

Une jolie tignasse blonde, un univers poétique, un brin mystérieux. Une liberté affichée dans un univers composé de nature, de photographies, de fleurs séchées et de dessin.

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Elle me donne rendez-vous dans un lieu atypique du Vieux Lyon, mais les gérants travaillent sur un projet, il est donc fermé jusqu’au lendemain. Nous commençons à discuter en cherchant une autre halte. Rencontre.

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TC : Il y a un an, je découvrai un univers poétique, un peu rustique, qui nous plongeait à l’intérieur d’une chaumière. Bons petits plats, déco d’antan … Une promenade. Pourquoi interrompue ?

E. : Lorsque j’étais petite, je me promenais souvent avec mes parents et mes sœurs dans les prés et sur les chemins de Chartreuse où nous vivions. Il nous arrivait très souvent de nous arrêter sur des fleurs, ou de nous interrompre pour regarder un bel oiseau, une maison avec une grande cheminée …
Nous étions dans l’éloge de la simplicité, des bonheurs simples, des petites choses … Il y a quelque chose de dynamique dans la diversité de la nature, de changeant, un appel au voyage et en même temps d’enraciné. S’interrompre sur les choses essentielles. Être en prise avec les éléments, être dans la vie.

Une promenade interrompue en somme …

TC : D’où t’es venue cette envie de rêve, d’univers poétique, de créativité ? Qu’est ce qui t’a poussée, alors que tu es si jeune, à te lancer ?

E. : J’ai toujours été manuelle, avec une feuille et un crayon. Je montais dans les arbres, sautait dans la gadoue, vivais ! Mes parents nous (NB : ses deux sœurs et elle) ont éduquées dans la créativité, laissant notre imaginaire se développer. Petit à petit… Pour moi ce n’est pas un effort de créer, cela se fait de manière évidente.
J’ai toujours été dans des filières générales et plutôt intellectuelles à l’école (elle a suivi une prépa Khâgne) mais pour autant je ne suis pas qu’« intello et rat de bibliothèque ». J’ai besoin de bouger, de voyager, de faire des choses manuelles. J’ai donc quitté la prépa pour aller à la fac en patrimoine. Pour moi, se débrouiller, faire des choses nous-mêmes, être proche des autres est un aboutissement de l’éducation.

« Pour moi, se débrouiller, faire des choses nous-mêmes, être proche des autres est un aboutissement de l’éducation »

TC : Tu t’es lancée « réellement » il y a 4 mois. Comment ça se passe ? A quelles ressources as-tu fait appel pour y aller ?

E. : On m’a poussée à me lancer. Il y a quelques mois Amandine et Arnaud m’ont encouragée à sortir de cette bulle, d’Instagram et des autres réseaux sociaux pour passer plus au-devant de la scène et des gens. Ce n’est pas le fruit d’une ambition ou de quelque chose de réfléchi. Ça a donc été excitant, très stressant … Un vrai challenge ! J’ai eu 1 mois pour passer du statut de blogueuse à prestataire sur un festival … Je devais m’y rendre pour poser des questions et finalement on m’en a posées ! Tout ce que je fais part de l’instinct, c’est donc parfois bon et parfois mauvais. Je me culpabilisais parce que je n’avais pas les « techniques » pour réaliser mes créations. Je suis donc moins dans la performance que dans le plaisir de faire quelque chose qui me ressemble. Je ne suis sûrement pas aussi efficace (stress, nuits de fatigue, …), c’est imparfait, mais au fond c’est personnel. Et authentique.

[Parenthèse tout en douceur]

 

Un extrait du shooting réalisé par Eléonore à l’occasion de la fête des mamans 2017. Vous pouvez retrouver Anne-Sophie avec ses jolies petites Perline et Myrtille. Elles portent des couronnes de fleurs séchées réalisées par Eléonore <3

[FIN DE LA PARENTHèse tout en douceur]

 

Plus tard, je veux me dire que j’ai fait quelque chose qui me ressemblait !

« A quoi ça sert d’être comme les autres ? »

Je fais aussi appel à une autre ressource. Ma famille. Nous sommes tous des créatifs. Mes deux sœurs sont mes meilleures amies. Mon grand-père est éditeur et s’est fait « tout seul », ma mère peint, mes tantes aussi, … Et puis il y a mes amis.

TC : Quand je vais sur ton blog ou tes réseaux sociaux, je vois apparaître régulièrement les mots « folk », « boho », « romantic », « lifestyle », « style », « flowers », « design ». Tous ces mots peuvent-ils être associés ?

E. : J’utilise beaucoup de termes ! Boho faire référence à « bohème ». Un esprit indépendant, sur les routes. C’est aussi des inspirations musicales. Mes parents n’avaient pas de voiture quand nous étions enfant et c’est toujours le cas. Par choix et par convictions. Le sens du mot promenade prend donc un sens particulier pour moi, vous comprendrez ! (Sourires)

Marcher pieds-nus dans les champs, à danser, à se promener …

Folk pour le côté rustique, authentique. La musique folk Bob Dylan, … Cela me vient de mon père passionné de vinyls. On les écoutait dans l’herbe, les yeux fermés. Sauvage, mystique, vagabonde sont aussi des mots que j’emploie souvent.

Le design enfin pour le côté futuriste. J’aime beaucoup mêler le moderne à l’ancien. Des fleurs avec en même temps des choses très épurées.

Retrouvez un autre shooting d’Eléonore M, « les ailes du désir » dans un esprit épuré, relevé grâce à ses jolies couronnes !

TC : La mouvance « green », qu’en penses-tu ? Un défi que nous avons à relever ?

E. : Je ne parlerais jamais d’amour des arbres, des champs, si je n’aimais pas la nature. Le « green », « l’écolo », c’est celui qui aime la nature. Pas forcément quelqu’un qui s’est engagé en politique. On ne pourra pas passer radicalement à une vie en autarcie. Il faut un changement global des mentalités. Une évolution petit à petit. Je suis sensible aux projets locaux, au travail des petits producteurs.

L’amour des belles choses et des bonnes choses, tout est lié à l’amour de la nature. J’aime la nature donc je la respecte, je la photographie, et je fais des choix quotidiens dans ce sens.

TC : Je suis impressionnée par l’importance que tu accordes au « fait-main » …

E. : C’est nécessaire pour moi ! Une expression, un épanouissement, de la détente. On se reconnait dans ce que l’on a construit. J’aime moi-même avoir des choses faites par les autres. Quand je fais quelque chose, je pense à celui qui va recevoir l’objet.

« C’est imparfait, mais vivant ! »

[Parenthèse tout en douceur]

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Un dessin réalisé par Eléonore M

[FIN DE LA PARENTHèse tout en douceur]

 

Comme un guide, une route à suivre, Eléonore se rappelle du message que lui ont fait passer ses parents, artistes eux aussi. Elle me dira donc : « J’ai envie d’être libre. Mes parents m’ont fait passer ce message ».

 

Je ne m’étais donc pas trompée : Eléonore a un talent fou, une manière d’en parler qui passionne, qui donne envie de rentrer dans son univers. La liberté y est une valeur maîtresse !

 Eléonore, j’ai été plus que ravie de pouvoir échanger si longuement avec toi sur nos projets respectifs, sur tes créations, tes rencontres, tes envies, ton univers et la Vie, tout simplement.

Je te souhaite de persévérer dans ce chemin de la création et de l’entrepreneuriat qui ne sont pas si faciles. Et puis, de rester si fraîche, si abordable, si simple et lucide.

Pour suivre Eléonore, vous avez plusieurs possibilités, et ça c’est vraiment chouette ! :

Son site

Son compte Instagram (une petite merveille) : @eleonore__m

Sa page Faceboook

Son adresse mail pour toute demande : lapromendadeinterrompue@gmail.com

[pour laisser s’envoler vos pensées, une dernière réalisation signée eléonore m pour la naissance d’une petite jacobée]

 

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