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L’abeille du Mont-Blanc, du miel au sommet !

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L’abeille du Mont-Blanc, du miel au sommet !

Il y a des gens qui comme ça, nous étonnent par leur capacité à rebondir, leur courage et leur force de caractère.

Je vous emmène tout de suite à plus de 1600 mètres d’altitude à la rencontre de Joël Martin, un apiculteur mais surtout « un gars » pas vraiment comme les autres.

D’ailleurs, comme il est « montagne, fleurs, abeilles », vous ne le verrez pas ! Il préfère mettre en avant ses abeilles, et parler de l’essentiel, son miel.

« Ce n’est pas du miel, c’est du prestige »

Nous nous sommes installés sur la terrasse du restaurant qui lui sert de base arrière, sous un soleil qui commençait à tirer sa révérence. Nous voilà partis pour un échange sans langue de bois. Les abeilles étaient les reines, et tant mieux car c’est devenu bien rare …

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Le restaurant Lou Pachran est un point de distribution du miel. Si vous voulez croiser Joël, pas de doute, il sera là en fin de journée !

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Le déclic

C’est au moment où Joël est tombé malade que le déclic s’est fait. Lui qui a commencé à travailler dans le bâtiment dès sa sortie de l’école à 14 ans, n’a pas réussi à trouver le soutien qu’il espérait lorsque sa situation s’est dégradée.

Sans emploi et sans logement durable, il s’est remis en question. Intéressé par les abeilles depuis longtemps, il a alors demandé à l’un de ses amis « épicurien », de lui prêter de l’argent pour acheter un camion. Il a de son côté acheté quelques ruches qu’il a montées lui-même et l’aventure commençait …

L’abeille du Mont-Blanc

Depuis 2015, cette aventure c’est « L’abeille du Mont-Blanc ».  (Vous excuserez Joël qui n’a pas encore un site parfait. Il a le mérite d’en avoir un malgré une vie à 100 à l’heure, un peu déconnectée du net d’ailleurs !)

Les ruches de Joël se situent au dessus de la commune de Passy, une ville de la vallée du Mont-Blanc tout près de Sallanches et St Gervais les Bains-Le Fayet. Cette commune s’est engagée à ne pas utiliser de pesticides (comme le montre ce document notamment, à la page 16).

Mettre ses ruches dans une zone de montagne préservée et protégée, c’est au fond, produire et récolter du miel « bio ». Le refus de l’appellation « AB Bio » pour son miel, Joël l’a fait en conscience, considérant que beaucoup de contraintes du cahier des charges étaient hypocrites et axées « business du Bio ».
Il sait ce qu’il fait, il fait du bio, et est certain que la qualité de son miel parle pour lui. Vous le verrez plus tard, les faits lui donnent raison !

L’année dernière, en 2016, Joël a tout perdu. Ses ruches et son miel ont disparu. Il a donc dû tout recommencer cette année. C’est désormais entouré de Maya qu’il visite ses abeilles.

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Maya, fidèle compagnon de Joël !

Il est encore aujourd’hui régulièrement braconné et aimerait alerter au delà de sa page Facebook « L’abeille du Mont-Blanc » sur ces faits inadmissibles.

Il retrouve régulièrement des essaims sûrement malades à la place des siens quand ce ne sont pas des ruches qui manquent.

Son succès et sa manière de travailler semblent faire des jaloux. Il faut dire que pour le coup, de belles rencontres lui ont donné un coup de pouce bienvenue !

Je ne rentrerai cette fois-ci pas dans les détails de la production du miel car je n’ai pas eu le temps d’enfiler une combinaison de protection afin de m’occuper des ruchers avec Joël, mais j’espère un jour pouvoir le faire. Sachez qu’en ce moment, les abeilles commencent leur hivernage,après avoir produit des kilos de miel depuis le début du printemps !

Les bonnes rencontres, au bon moment

Un peu par hasard, en contactant le fondateur d’un site où il avait acheté des produits de qualité avec son ami épicurien, Joël a été mis sur le chemin de Jean-Marc Tachet, un meilleur Ouvrier de France 1993 très connu dans le monde de la gastronomie. Ce dernier est d’ailleurs « Toques françaises » de l’année 2017.

Jean-Marc Tachet a sélectionné le miel de Joël car c’est un produit d’exception. Vous saurez à la fin de l’article sur quelles tables prestigieuses ce miel sera consommé grâce à cette rencontre … !

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Le miel « L’abeille du Mont-Blanc » sélectionné par Jean-Marc Tachet. (Crédit : Jean-Marc Tachet)

Au milieu de toutes les personnes qui ont aidé l’apiculteur, il y a aussi le maire de Passy. En permettant la location d’un local pour extraire le miel et mettre les ruches, il a soutenu Joël.

C’est aussi ce dernier qui a accepté que l’apiculteur mette ses ruches sur le territoire de la commune.

« Passy est un petit joyaux »

Alerte abeilles !

Là encore, le sujet mériterait d’être développé car il y a beaucoup de choses à dire et surtout, il y a URGENCE !

Pour le dire simplement, les produits nocifs qui sont notamment utilisés pour l’agriculture retombent par la pluie ou se baladent dans l’air que nous respirons tous. Ils ont un effet désastreux sur l’Homme, nous commençons à le savoir, mais aussi sur les abeilles qu’ils perturbent et rendent stériles.

Or, la santé des abeilles est un marqueur de la santé d’un écosystème ! Il y a de quoi prendre peur quand on voit l’état des ruches un peu partout sur la planète …

Face à cela, les gouvernements et l’Union européenne pour ne citer que le continent européen, votent l’augmentation des doses de pesticides utilisables par les agriculteurs. Inconscience …

« L’avenir de l’abeille est très sombre »

De plus, l’idée que la pollinisation puissent se passer du vivant dans les prochaines années est fausse. « C’est intenable,car 90% de la pollinisation mondiale est réalisée par des insectes sauvages. » me dira Joël.

La pénurie de miel entraîne d’ailleurs depuis quelques années de vastes trafics. Le miel n’est pas du miel mais un liquide très sucré.

Comme s’il ne voulait pas finir sur une note trop négative, Joël ajoutera que le préfet est incité par une directive de l’Union européenne à faire s’installer des apiculteurs. Espérons que les consciences se réveillent pour déjouer le drame qui se profile !

Les projets

Joel habite toujours en foyer d’habitat solidaire mais il est confiant ! Ses ruches se portent bien et il a de beaux projets à venir.

Notamment l’intégration aux « Arches métropoles de Sallanches » !  Un vaste ensemble commercial dans lequel il disposera d’une boutique pour distribuer son miel aux clients de manière plus « formelle ».

Et pour faire cesser le suspense, sachez que dès l’automne, le miel de Joël se retrouvera sur les tables de l’Elysée. Après les autochtones, Paul Bocuse, et d’autres, le miel ira donc ravir les papilles des visiteurs du plus haut sommet de l’Etat.

Pour découvrir, acheter le miel de Joël ou suivre l’évolution de son projet, vous avez plusieurs possibilités : 

Je sais qu’il ne le prendra pas mal, alors je vous le dis ! Ne pensez pas que le miel de Joël est à la hauteur de son orthographe, car c’est tout le contraire.

J’ai eu la grande chance de me voir offrir un pot de miel de la part de Joël. Il est délicieux, alors je vous encourage à le goûter si vous appréciez ce merveilleux nectar !

La page Facebook

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Joël m’a beaucoup touchée. J’ai senti un homme profondément libre, qui vise l’exception. S’il parle sans difficulté de moments chaotiques de sa vie, c’est encore de ses abeilles dont ils préfèrent se préoccuper. Il les chouchoute et elles le lui rendent bien.

J’ai reçu une belle leçon de vie que je vous transmets : toujours y croire même dans le noir ; oser faire de la qualité quand tout pousse au contraire.

Jean-Marie : de la ville au fournil !

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Jean-Marie : de la ville au fournil !

La campagne frétille depuis quelques années ! De nombreux citadins lassés de la ville ou de leurs conditions de vie parfois difficiles dans les agglomérations, décident de tout quitter pour entamer un nouveau chapitre en milieu rural.

Jean-Marie Quignard est un homme souriant et accueillant. À 8 heures du matin ce jeudi 6 juillet, cela fait déjà 2 heures qu’il travaille dans le fournil (De mon côté, je n’ai pas réussi à me lever à l’heure !). C’est la reprise, il faut retrouver le rythme soutenu de la vie du fournil d’Antigny. La chaleur étouffante qui s’annonce a de quoi effrayer. Mais il est passionné ! Il me dira même que le mauvais temps dans les Alpes suisses où il vient de passer des vacances avec sa femme et ses deux jeunes enfants, lui donnait envie de rentrer travailler au fournil.

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Le germe du projet

Son projet d’une activité de boulanger artisanal en bio a mûri pendant quelques années alors qu’il était installé dans l’Isère avec sa femme, exploitante dans un GAEC.

Cet ancien boucher dégoûté de son travail en grande surface a été un temps berger, chaudronnier, et s’est formé à d’autres métiers sur le tas. Un touche à tout à qui la Bourgogne manquait … Et s’il aménageait en fournil l’ancienne grange de son grand-père bourguignon, puis profitait du hangar situé à proximité pour y construire sa maison avec des matériaux naturels ? Drôle d’idée lui disaient les habitants du village ainsi que sa famille, tous interloqués par l’arrivée de ces habitants d’un genre nouveau !

Déjouer les pronostics

Voilà 6 ans que Jean-Marie, soutenu par sa femme dans son entreprise déjoue les pronostics. Quand il s’est installé, pas grand monde dans le coin ne donnait cher de sa peau. Lui n’était pas satisfait de ses recettes (qu’il a rodées pendant 2 ans environ), pendant que ses premiers clients le remerciaient. Il a également fallu se faire une place sur les marchés, un graal bien difficile à obtenir parfois. Aujourd’hui c’est même l’inverse, un maire affolé l’a récemment appelé pour qu’il continue à venir au marché du village !

Mais au final, l’aventure est belle et le projet a décollé. Au point que Jean-Marie espère même qu’un autre boulanger comme lui va venir s’installer afin de travailler en bonne intelligence pour satisfaire la clientèle qui grossit de mois en mois.

Si vous passez dans le coin d’Arnay-le-Duc, n’hésitez pas à passer au fournil d’Antigny(-la-Ville) ! Vous y serez bien accueillis et les saveurs retrouvées vous feront oublier les 5km de détour !

La dynamique est lancée

Et puis, il y a eu l’installation d’un maraîcher bio il y a 1 an et demi. Quand il a appris cette installation, ni une ni deux, Jean-Marie a contacté ce nouvel arrivant.
Ensemble ils ont monté un marché bio devant la grange du maraîcher. Tous les jeudis, à une dizaine de kilomètres d’Arnay-le-Duc, les gens se pressent pour récupérer leur panier de légumes, acheter leur pain au levain, leur fromage et des tisanes.
Car oui, d’autres jeunes couples se sont installés depuis et les projets vont bon train.

La campagne se dynamise au grand bonheur des habitants qui se pressent pour consommer des produits sains et locaux !

Un projet de vie

Venir ou revenir s’installer à la campagne est aujourd’hui un vrai choix de vie, loin de la facilité. Il faut tout d’abord une idée ! A la base de tout, elle va permettre de bâtir un projet. Que ce soit à titre professionnel ou pour y vivre, le changement est radical.

Le calme donne une liberté inégalée … Je me suis aperçue que c’est souvent l’envie ou le besoin de liberté qui pousse les gens (de la ville) à s’installer à la campagne.
Ils peuvent travailler des produits sains s’ils le souhaitent et s’organiser différemment.
Jean-Marie est revenu à la campagne avec sa famille et son projet, dans l’objectif d’y vendre lui-même sur les marchés ses pains et brioches « bio ». Du lien s’est tissé avec sa clientèle qu’il a appris à connaître !

Et puis, malgré des horaires chargés, la vie est douce. Elle oscille entre potagers, fournil et marchés. Dans une maison à la chaux, où les panneaux solaires alimentent le four qui permet de dorer -exemple pris au hasard !- un bon gâteau au chocolat-courgettes ! Ne faites pas cette mine-là, c’est délicieux !

Mon œil de citadine préoccupée par la campagne et la ruralité, ne peut qu’être époustouflée par ce qu’il se passe dans notre pays. J’ai senti une dynamique en Bourgogne, et sais d’avance que partout des projets poussent ! Déjouant les pronostics et les qu’en dira-t’on, des jeunes s’installent et se bougent pour cultiver et fabriquer des produits de qualité, tout en trouvant un équilibre de vie familiale sain. Ils endiguent –c’est encore trop peu mais soyons patients- la désertification des campagnes et son endormissement grâce à leurs projets ingénieux qui touchent aux défis de notre société. Produire sainement, vendre en circuits courts, remettre du lien, etc …

Je tiens à remercier chaleureusement Jean-Marie qui m’a laissé façonner des pains au levain alors que je n’avais pas encore le coup de poignet !

Bravo pour la dynamique que vous lancez dans des petits villages qui ont tant besoin de renouveau !