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Trajectoires

Encadrer la souffrance en période de fêtes.

Elle travaille dans une association qui accueille des personnes lourdement handicapées. A l’approche des fêtes de fin d’année, j’ai eu envie d’aller voir Laure, afin qu’elle nous parle de l’ambiance de fêtes dans le lieu de vie qu’elle gère !

« Si l’on pense que l’on est fait que de fragilités, on voit tout en noir, si l’on pense que l’on est fait que de forces, l’on se voile la face. » Un résident

TC : Laure, à l’approche des fêtes de fin d’année, je pense particulièrement (et j’ai surtout envie que nous les évoquions) aux personnes handicapées dont tu t’occupes. Pourrais-tu nous parler de la manière dont vous abordez une telle période dans l’établissement dans lequel tu travailles ?

Laure : Noël est une période  de joie, de retrouvailles familiales …. qui pour certains n’est pas facile. Il y a ceux qui ont la chance de rentrer dans leur famille, ceux qui n’en n’ont plus et ceux dont les familles ne peuvent pas s’occuper d’eux. Alors nous essayons de recréer un univers de fêtes, de favoriser les liens entre nous, de mettre un peu plus de joie dans notre quotidien…

Le temps de l’Avent est un temps propice pour préparer Noel avec de multiples propositions comme le concours de décoration des lieux de vie, le tirage des ChristKind (chacun prend particulièrement soin de quelqu’un), un repas de Noël dans chaque lieu de vie avant le départ de certains en vacances. Et puis nous organisons une belle soirée le 24 décembre pour ceux qui seront présents.

TC : Quelle est la mission que s’est donnée l’association Simon de Cyrène ?

Laure : Avec les progrès de la médecine d’urgence, chaque année, 10 000 personnes survivent à un accident grave de la route, un AVC.. Leur vie bascule du jour au lendemain parfois définitivement dans le handicap lourd. Ces adultes perdent  alors leur emploi, voient leur famille et leurs amis s’éloigner.

Se pose alors cette question: « Quel sens donner à ma vie désormais ? ».

L’association Simon de Cyrène apporte une réponse fondée sur la relation à l’autre. Nous essayons de rompre l’isolement, la solitude de ces personnes très éprouvées en leur proposant une vie fraternelle, dans un lieu de vie adapté à leur handicap tout en leur laissant une certaine autonomie quand même.

TC : Tu côtoies donc tous les jours des personnes qui souffrent dans leur corps mais aussi dans leur âme. Comment peut-on porter un regard plein d’espérance sur la vie malgré tout quand on est malade ? Et quand on est encadrant ?

Laure : A Simon de Cyrène nous essayons de redonner à chacun le goût de vivre. Ils arrivent et sont tellement heureux de partager leur quotidien, de quitter l’isolement et la solitude… Il peut y avoir des rechutes et des ras le bol comme nous en avons tous … Mais ça leur change la vie !

Finalement, c’est nous (les encadrants) qui parfois manquons d’espérance … Et si nous étions comme cela, si cela nous arrivait ? Cela serait insupportable ! Les résidents sont dotés d’une force incroyable pour retrouver ce goût à la vie dont je parlais juste avant : « C’est alors que je suis faible que je suis fort » cela prend tout son sens.

 » C’est alors que je suis faible que je suis fort « 

Le handicap questionne et bouscule ce que nous appelons la normalité. Il ne rentre pas dans son moule et cela nous panique. Nous ne sommes plus en sécurité. Surtout dans une société où la norme sociale pèse si lourdement.
Le handicap  nous renvoie aussi à la fragilité en général et à toutes nos fragilités en particulier. Tout ce qui fait que, au fond, nous sommes tous handicapés, chacun à sa façon, parce que nous avons tous des faiblesses.

Pour terminer je voudrais citer un résident  qui disait une phrase très juste : « Si l’on pense que l’on est fait que de fragilités, l’on voit tout en noir, si l’on pense que l’on est fait que de forces, l’on se voile la face. »

Oui nous sommes tous fragiles mais nous avons tous des talents avons tous une place sur terre.

 » Le handicap  nous renvoie aussi à la fragilité en général et à toutes nos fragilités en particulier. Tout ce qui fait que, au fond, nous sommes tous handicapés, chacun à sa façon, parce que nous avons tous des faiblesses. « 

TC : La joie est essentielle pour dépasser les souffrances. C’est dur de la vivre dans un tel univers ?

Laure : Oui ce n’est pas évident ! Le handicap est d’une grande complexité et crée des situations d’angoisse et de dépression difficiles à vivre. Mais je suis étonnée de leur disposition  à rire, à exprimer leurs émotions !

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TC : Toi qui composes avec la fragilité de la vie, aurais-tu un conseil à donner ou une idée à insuffler aux lecteurs de Trotte cocotte ?

Laure : Nous sommes tous fragiles et nous avons tous besoin les uns des autres. Osons aller vers le plus fragile, osons aller au-delà du handicap.  Les personnes handicapées que j’accompagne me ramènent à l’essentiel. On reçoit une joie de vivre de ces personnes en situation de handicap qui surmontent devant nous leurs faiblesses. Elles osent aller vivre avec d’autres et se montrer. Savoir avancer vers l’autre sans préjugés (car nous sommes tous fragiles) est un beau cadeau que nous pouvons tous leur faire.

N’oublions pas que nous pouvons tous basculer du jour au lendemain dans  le handicap …

Je souhaite de belles fêtes aux résidents de l’association Simon de Cyrène et plus largement à toutes les personnes handicapées que nous connaissons ou que nous ne connaissons pas. Merci Laure pour toute l’énergie et le temps passé à aider ceux qui ont besoin d’assistance. Avec ton équipe, je sais que vous faites au mieux dans un contexte parfois difficile.
Cette trajectoire m’a inspirée une citation tirée d’un poème de Pierre de Ronsard !

Soyons vivant, dès aujourd’hui ! 

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