Créateurs Les faiseurs

« Simples choses », l’intériorité au service de la création !

Roanne, le 12 septembre 2017.

Dans le courant du mois de septembre, je me suis rendue à Roanne. Une journée à mi-chemin entre Clermont-Ferrand et Lyon pour y rencontrer deux femmes, deux artistes.

L’une d’elle va bientôt démarrer son activité et s’attelle en ce moment aux derniers ajustements de son projet. Je vous la présenterai dans quelques mois, lorsqu’elle se sentira prête à parler de sa passion, la poterie !

Aujourd’hui nous avons rendez-vous avec Mélanie. Cette professeur de lettres qui n’a pas encore passé la trentaine, a choisi de se consacrer pour l’instant à son rôle maman. Une vocation qui l’a amenée à retrouver son âme d’artiste …

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L’une des poupées réalisées par Mélanie. Son visage a été façonné avec du plâtre.

Elle m’accueille chez elle un mardi après-midi, sa fille dans les bras. Les tons pastel et la décoration soignée donnent à l’endroit calme et sérénité. Nous nous installons dans son atelier où elle a disposé ses différentes créations … Bavardes, nous faisons connaissance.

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TC : Tu as choisi comme nom d’artiste « Simples choses ». Quand je regarde les poupées que tu confectionnes et les illustrations que tu réalises, je vois beaucoup de finesse, de travail et de maîtrise de la technique. Pourquoi ce nom ?

Mélanie : Il y a quelque chose de poétique dans ce nom. Cela m’évoque René Char, Philippe Jacottet ou Heideger. Près de la chose qui est comme elle est, qui n’est pas « sur-travaillée ».

Mes poupées sont en tissus coupé dans de vieux draps ou venant de friperies. Je n’achète jamais de fournitures. La simplicité est un but en soi. Ce que je poursuis comme horizon.

« La simplicité est un but en soi. Ce que je poursuis comme horizon. »

Pour le côté chose, la chose qui dégage une présence par elle-même. Une poupée condense une odeur, une impression, une émotion.

Le nom est important, il éclaire ce que l’on fait et permet de comprendre la création. Il y a quelque chose d’enraciné dans le fait de mettre l’accent sur les choses simples.

[Parenthèse tout en douceur]

Une douce galerie réalisée avec des photographies de quelques poupées de Mélanie.

[Fin de la parenthèse tout en douceur]


TC : Tu as toujours créé ?

Mélanie : Je dessinais toute la journée, je peignais toute la journée mais je ne le faisais pas pour faire. C’est dans l’ennui que je me suis dirigée vers ce que j’avais. Du papier, des crayons, …
Je voyais que ma mère ne s’empêchait pas de faire donc j’ai continué. Je ne pense pas que mes parents se sont dit « nous voulons lui faire faire ça pour qu’elle soit bonne dans telle ou telle chose. ». Ma mère a toujours eu le souci du foyer. La musique, les textures, les couleurs. Au fond, je voyais des gens créer. Alors je créais aussi. Personne ne s’extasiait, ça faisait partie de la vie.

Je me souviens que je rassemblais des images, et aujourd’hui en voyant Instagram par exemple, je me rends compte que l’image a un vrai pouvoir sur ce que l’on est et qu’il faut savoir s’en libérer car tout n’est pas bon.

TC : Justement en tant qu’artiste, quel est ton rapport à Instagram ?

Mélanie : On est dans l’auto-portrait permanent. La société du spectacle où l’on se montre à travers un écran. Je fais également une sorte d’asphyxie du quotidien car il est mis en scène à longueur de comptes. Rendez-nous le quotidien !

« Sur Instagram, le quotidien est mis en scène à longueur de comptes. Rendez-nous le quotidien ! »

TC : Oui, mais tu es sur Instagram (@simpleschoses)  quand même, et tu y publies des photographies pour faire découvrir tes créations, entre autres. Instagram apporte quelque chose à la création non ?

Mélanie : Ce sont des images que je fabrique comme quelqu’un qui regarderait un catalogue. En fait, tu publies pour être regardé, et tu regardes qui te regarde. C’est une sorte de quadrillage de la normalisation. Pour être vu, il faut enchaîner les « # », en trouvant les plus percutants. C’est un lieu de compétition !

J’apprécie les comptes qui sont dans la vie incarnée, qui montrent la vie telle qu’elle est vécue.

Je pense profondément que l’on ne peut pas y arriver si l’on est habité par les images des autres. Nous avons besoin d’un isolement intime, d’intériorité. D’autant plus pour créer.

Cela me fait penser à une citation de Maria Montessori que j’apprécie beaucoup : « Personne ne peut nous aider à atteindre cet isolement intime qui nous permet d’accéder à notre univers le plus secret, le plus profond, aussi mystérieux qu’il est riche et plein. »

TC : Justement, j’allais y venir. Y’a-t-il des conditions pour la création ?

Mélanie : J’ai analysé trois conditions : « Silence, solitude et ordre ». D’ailleurs, pendant ces dernières vacances d’été, je me suis isolée et j’ai pris le temps de me reconnecter intérieurement. J’ai pu me remettre à la peinture ! (NDLR : Vous pourrez voir des illsutrations réalisées par Mélanie un peu plus tard).

J’ai pu éclore, dans un milieu qui n’était pas étouffé par les autres.

[Parenthèse tout en douceur]

Dans les champs, sur les genoux de maman, dans les bras de papa ou à l’école, voici quelques illustrations signées @SimplesChoses !

[FIN de la Parenthèse tout en douceur]


TC : Comment fait-on pour réunir cette trinité de conditions et créer ?

Mélanie : Je sens que j’ai besoin pour être une mère aimante d’avoir du temps pour créer. Alors quand mes enfants dorment, je crée. Nous savons aussi avec mon mari que nous avons « nos jardins à nous ». Alors nous nous laissons cet espace …

TC : Tu as évoqué ton rôle de mère, en le liant à ta créativité. C’est la maternité qui te (re-)connecte avec la création ?

Mélanie : Pour être une « femme moderne », on nous fait croire que le salariat est la seule chose à atteindre. Avec le salariat, selon moi, on a ôté aux gens ce pour quoi ils avaient été créés.

Le fait d’avoir des enfants me rattache à un lieu car je ne peux pas sortir de partout. Avec cela, je me suis donc demandée ce que j’avais en moi, pour trouver cette part d’humanité qui me fait vivre et qui amène la créativité. La lecture, l’écriture, la poésie, … Notre part d’humanité. Je vois la création partout !

Une infirmière qui soigne avec cœur est dans la création car il y a de l’humanité. Cette humanité m’a été donnée quand j’ai eu des enfants.

TC : La création te permet de te découvrir ? D’aller au fond de toi ?

Mélanie : Je cherche encore l’expression artistique qui me permettrait de relier tout ce que j’aime. Je ne pourrai pas faire que des poupées car j’aime lire, peindre.

« C’est un peu la permaculture de l’intérieur, tout croit ensemble »

TC : Par quels moyens te sens-tu légitime dans la création ?

Mélanie : Je n’y pense pas. Ce n’est pas parce que j’ai appris que je sais faire. Et je ne fais pas pour attendre des retours. Quand tu fais ce que tu aimes faire et que c’est juste, tu ne te poses pas la question.

TC : A quoi penses-tu quand tu fais des poupées ?

Mélanie : Je sais que mes poupées ont une fragilité (NDLR : elles ne sont pas adaptées pour les plus petits), et j’aimerais qu’elles soient des petits condensés d’univers. Un objet qui dégage quelque chose sans être « utile » et en même temps, je n’aime pas trop le côté « poupée en porcelaine » parce qu’elles ne se renouvellent pas.

Quand je fabrique une poupée, je pense donc au nom que je vais lui donner, à l’univers qui va y être associé, à mes enfants, à mon mari.

TC : Depuis combien de temps t’es-tu mise à en fabriquer ?

Mélanie : Depuis 6 ans. J’ai commencé par faire une poupée pour mon fils afin qu’il s’amuse. Puis une amie m’en a demandé une pour sa fille.

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TC : Tu peignais déjà ?

Mélanie : J’ai fait du dessin, et j’ai décidé récemment de le montrer. Un tableau, une illustration, la liberté est totale pour le spectateur.

J’aspire à l’écriture et au dessin. On se sent tellement bien quand on a trouvé sa manière de s’exprimer !

 

Quelle rencontre ! Un échange empli d’idées, de volonté d’être au monde de la meilleure manière qui soit. Une vision de la vie très ancrée dans ce qui nous caractérise, de ce qui fait notre essence d’humains. 
Et puis la création. La volonté de rechercher, de trouver quels talents et leviers activer pour être soi et s’exprimer !

Que tes créations sont belles Mélanie, et ton univers si doux et authentique ! Ta simplicité, ton naturel et ta réflexion sont de rares et beaux atouts que tu mets au service de la création. Je continuerai à te suivre … 

Pour suivre Mélanie, pour lui commander une poupée ou une illustration, vous avez plusieurs possibilités, et ça c’est vraiment chouette ! :

Son site

Son compte Instagram (rempli de douceur) : @simpleschoses

Sa boutique Etsy

La contacter par mail : simpleschoses@gmail.com

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