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Créateurs Les faiseurs

Marion Clément revisite des savoirs-faire d’antan, chapeau !

Lorsque j’ai rencontré la bande de Wefly drone dont je vous ai parlé récemment, Corentin, un des membres de l’équipe m’a parlé d’un groupe de jeunes qu’il avait croisé la veille sur le parvis de Fourvière. Ces derniers tournaient des images afin de monter un film retraçant les rencontres faites sur leur route. Un périple à la Trotte cocotte, mais en vidéo (et pas exactement pareil non plus !).

Bref, en allant regarder leur page Facebook, j’ai pu lire un commentaire de Marion Clément, une chapelière-modiste, qui les invitait à passer à Saint-Etienne pour visiter son atelier. Ni une ni deux, je lui ai envoyé un message en lui expliquant que je serais ravie de passer à l’atelier pour la rencontrer. Nous avons réussi à faire concorder nos emplois du temps et me voilà partie à la rencontre de Marion la semaine d’après …

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En ce jeudi 20 juillet, j’arrive de Lyon en fin de matinée. Pour tout vous dire, je suis un peu déboussolée par mon arrivée en gare de Saint-Etienne Chateaucreux car le quartier est tout en travaux et vide. Je pars donc un peu à l’aventure dans les rues de la ville quand je passe devant un restaurant dont je sens la patte d’une nana qui a de la personnalité et du goût. Je déjeune donc au « Mal assis », un restaurant tenu par Camille depuis 2 ans. Nous finissons par parler. Je la remercie pour son accueil, notre discussion et son aide pour m’aider à me repérer.

Je décide ensuite de flâner dans les vieilles rues de la ville avant de chercher l’atelier de Marion.

Je l’aperçois ! Quand j’arrive, je suis époustouflée par la décoration des lieux dans un quartier qui -pour ce que j’en ai vu-, ne paye pas de mine. L’endroit est bien aménagé, sobre et classe tout en restant chaleureux.

Marion s’est en fait installée avec une artiste ! Une illustratrice à l’univers doux et poétique. Alliage réussi.

[A peine arrivée, je pose mon sac, elle me propose un thé avec un peu de citron. Je mets mon téléphone en charge pendant qu’elle s’allume une cigarette et, au son des chansons françaises qui défilent sur son mac, nous décidons de parler « à la cool », en nous tutoyant.]

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La rencontre

TC : Marion, tu es chapellière-modiste. Cela signifie quoi exactement ?

M. : Le savoir-faire du chapelier est à la base, le fait de produire des chapeaux en série et dans une usine. Le métier de modiste quant à lui s’adresse plus aux femmes. Il fait appel au sur-mesure et à l’adaptation aux formes de la tête et du visage.

« C’est un métier d’homme à la base. Quand on travaille le feutre, il est humide et très chaud. Il faut le tirer très fort sur le moule. »

TC : Comment le devient-on ?

M. : Mon parcours est un peu atypique puisque je n’ai pas choisi d’être tout de suite chapelière-modiste. J’ai une formation en design produit que j’ai eu envie de compléter par un CAP d’ébénisterie. Je te parlerai de mon parcours personnel plus en détail après si tu le souhaites !

En France, pour devenir chapelier-modiste il faut suivre un CAP. Il n’y en a, si mes souvenirs sont bons, que 2 en France à Paris et Lyon.

TC : Et finalement, toi tu t’es formée à Chazelle-sur-Lyon (entre Lyon et Roanne) et tu as décidé de t’installer à St Etienne …

M. : Oui ! Comme je te le disais tout à l’heure, mon parcours est un peu différent car je n’ai pas suivi le CAP, et que j’ai été vers d’autres voies avant. Je voulais faire quelque chose de mes mains et un jour j’ai vu passer une annonce pour un poste à Chazelle (NDLR : où se trouvent une usine et un musée du chapeau). Pendant 7 ans j’étais employée donc j’encadrais des visites du musée, et en même temps j’ai été formée au métier. J’ai surtout été formée aux techniques de la chapellerie homme et du feutre de poil de lapin. En côtoyant d’autres professionnels j’ai pu affiner ma technique et élargir mes connaissances.

Puis je suis partie avec l’envie de me mettre à mon compte. A St Etienne parce que c’est une ville qui bouge, qui est abordable, où la qualité de vie est bonne. Et nous sommes à 3h de Paris en TGV !

Dans l’atelier de Marion Clément !

TC : Ce n’était pas trop risqué ? Car quand on pense aux produits d’exception, à la mode, on pense à Paris.

M. : Non parce que le monde du chapeau est petit. Le métier est rare, il y a donc une grande solidarité. Il y a des débouchés dans le cinéma, la mode, la vente en atelier, … Au bout de deux ans je travaillais déjà pour la haute-couture.

[Une amie de Marion, anglaise débarquée à St Etienne, rentre dans la boutique accompagnée elle-même par une amie. Nous échangeons toutes les 4 ! La discussion est très chouette. Je découvre des parcours de vie. Des gens qui prennent le temps de voyager, de choisir leur vie avant de subir leurs choix. Pas évident quand l’âge défile mais il y a une vraie cohérence et beaucoup de confiance. Avec Marion, nous reprenons nos discussions après une demie-heure, quelques essayages de chapeaux et une nouvelle cigarette!]

TC : Tu nous montres que Paris n’est pas le centre de la France ! Nous sommes un peu tous déformés à force d’entendre ça … !

M. : On peut être à St Etienne et avoir des clients de Paris et de partout. Le chapeau que je couds devant toi est la commande d’un collectionneur parisien de vieux costumes.

TC : Tu as parlé de haute-couture tout à l’heure. J’ai justement pu lire que tu travaillais avec Jean-Paul Gaultier. Wouahou ! Comment arrive t’on à une telle collaboration ?

M. : J’ai été formée par des professionnels du secteur qui avaient donc un grand réseau. Je suis arrivée pour travailler sur un défilé rapidement. Une belle opportunité et un challenge.

TC : Comment travaille t’on dans ces cas là ?

M. : Je pars pour travailler 15 jours / 3 semaines dans la maison, selon les besoins. C’est comme une petite famille, tout le monde se connaît. Au début j’étais impressionnée mais à force, je ne me rends plus compte, c’est normal de travailler là-bas.

TC : Et tu veux rester à Sainté ? L’atelier tourne ? Ou tes clientes sont surtout sur internet ?

M. : Oui je veux rester à Sainté parce que j’y suis bien. Jusqu’à l’automne 2016 je travaillais sans être au contact des clientes. Et avec Rugiada (une illustratrice avec qui elle a décidé d’ouvrir l’atelier) que j’ai connu à la coopérative à laquelle nous sommes rattachées encore aujourd’hui, nous avions envie d’un lieu pour présenter nos créations et être au contact des clientes.

Depuis 2 mois, j’ai aussi un site (NDLR: lien en bas de l’article) pour que les clientes qui ne peuvent pas passer à l’atelier puissent faire des achats ou passer commande facilement ! 

« Je fais comme les paysans, je fais de la vente directe »

L’atelier commence à tourner. Une clientèle de proximité !

Un aperçu des collections 2017 !

TC : Porter un chapeau est une forme d’élégance qui revient ?

M. : Avec un chapeau, il y a un jeu de caché, de voilé. Ça met en valeur le visage quand on trouve la forme qui nous convient.
On peut s’habiller avec des habits très simples et tout de suite ça habille, ça donne de la classe et ça finit la tenue.

« Le chapeau ça fait des vagues, ça revient toujours »

TC : Et au final, comment tu fais tes chapeaux ?

M. : Cela dépend de la matière que j’utilise et de la technique qui va avec. J’apprends surtout en faisant ! (Sourires). Je pars de formes classiques et j’innove plus sur la couleur, la garniture … En fait, je suis obligée de rester classique car sinon cela fait peur !

[Nous finissons notre discussion en parlant de son statut juridique et de tout ce que cela entraîne. Elle est auto-entrepreneur et voit bien que la précarité qu’il fait naître. Nous savons que nous aurons sûrement plus de mal que nos parents pour vivre et que certains acquis vont disparaître faute de moyens.]

Pour être tenu au courant des actualités de l’atelier :

Le site 

La page Facebook 

Le compte Instagram

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Je remercie Marion pour sa capacité à m’avoir dit de passer à l’atelier dès que je l’ai contactée !

Elle a su me faire goûter à ce qui lui plaît dans son métier et à sa manière de travailler. L’atelier est un petit endroit tout joli dans une rue « banale ». Avec Rugiada, elles la dynamisent et participent au mouvement entrepreneurial que j’ai pu voir à Saint-Etienne à travers les rues !

Je sens bien que tout n’est pas rose car choisir un métier rare n’est pas forcément évident. Mais elle innove pour que des savoirs-faire d’antan puissent servir la mode d’aujourd’hui ! Merci !

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